Le Je dans le Nous

Le “Je” dans le “Nous”

Qui suis-je dans le couple ?

« Entrer dans cette histoire, dire oui à la rencontre, c’est accepter d’être dépossédé.

Mais cela veut dire quoi ? 

Un être vous appartient-Il jamais ?

Non, ni son amour, ni sa passion, ni même sa présence.

Tout peut disparaître, s’oublier, se perdre. Il faut être fou pour faire ce pari insensé de l’amour.

C’est cette inconscience même qui est magnifique, contraire à toutes les stratégies de

 compromis de la névrose. Mais, Dieu, que sont profondes les peurs qui nous habitent…!

En cas d’amour, Anne Dufourmantelle, chez Rivages poche

Chaque individu vit dans l’illusion d’un lien précieux qui l’unit à l’autre, cet autre dans le couple à qui il accorde toute la puissance, il s’abandonne à cette union qui dépasse la dimension physique et qui symbolise leur intimité. C’est tout l’espoir mis dans le « Nous ». Que peut enseigner le « Nous » à l’individu lui-même ?

 La question est soulevée au moment des conflits. Lorsque la crise surgit, l’individu est percuté dans son « Je » par ses propres fragilités et ses failles et tout incombe trop facilement à l’autre. Chacun met en place des stratégies pour ne pas se confronter à sa propre réalité, ses peurs, ses doutes et ses attentes de l’autre encore et toujours. Les émotions explosent, l’individu peut se sentir dans le « Je » extrêmement seul, cette sensation de solitude peut être très angoissante, il peut également apparaître un sentiment de trahison de la part de l’autre « Je » qui ne protège plus. Il peut y avoir un silence assourdissant dans le « Nous » ou au contraire des disputes bien trop bruyantes. L’individu dans le « Je » a peur de ne plus pouvoir exister sans le « Nous » ou de ne plus pourvoir exister à cause du « Nous ». La personne a le sentiment de s’abandonner à l’autre au point de s’oublier et une souffrance apparaît. Il y a l’épuisement de ne plus exister qu’à travers le regard de l’autre, de l’attente de l’autre qui ne répond jamais comme la personne le souhaite profondément. Dans un même temps, cette personne sait-elle vraiment ce qu’elle veut ou attend-elle que l’autre devine mieux encore ses désirs qu’elle ne pourrait le faire elle-même ? L’autre n’a pas ce pouvoir magique. Cet autre encore peut être exigeant, autoritaire, ne laissant aucune place, prenant toute la place parce que l’autre ne s’impose pas dans son « Je » et se fond dans le « Je » ou jeu de l’autre. Alors le voile de l’illusion se lève et laisse place à la réalité, l’autre n’est pas là pour nourrir ses désirs, soulager ses  peurs et  ses angoisses.  Il peut, en miroir de soi, montrer ses faiblesses, ses  interrogations, ses  besoins, ce qui appartient finalement au reflet de chacun dans ce « jeu » du miroir. Est-ce alors juste d’attendre de l’autre un soulagement et des réponses aux problèmes et questions personnelles ? Le « Je » dois pouvoir se connaître suffisamment afin de ne pas polluer le « Nous ».

  Ainsi, la réalité  est que le « Nous » existe parce que le « Je » est libre, indépendant et équilibré. Il n’attend rien  de plus que cet autre ne peut donner, « sans peur et sans reproche ». Pour cela il est nécessaire d’affronter avec courage qui l’on est  vraiment dans la somptueuse palette qui nous représente, et de  trouver l’équilibre entre ombre et lumière et enfin, d’être capable de prendre ses responsabilités afin de se  libérer soi et donc l’autre. Ainsi le « Nous » peut exister à sa juste place. Le couple est alors à l’aube de sa véritable création, il ne pollue pas le « Je », il écoute, soutient, il est force de proposition, il fait équipe. Le « Nous » est un couple où chacun à sa place et se complète dans un puzzle et non dans une fusion où les couleurs se mélangent au point de disparaître dans un monochrome inquiétant ou dans des couleurs tellement distinctes qu’aucun mélange n’est possible et qu’il n’existe plus d’alchimie. Il est question pour chacun de  mettre sa touche personnelle, sa couleur, sa personnalité, avec l’accord de l’autre. Le « Nous » est une création  à quatre mains où chacun trouve sa place harmonieusement. C’est une question de communication, d’équilibre et de connaissance de soi. Ainsi le « Je » apprend à faire des concessions acceptables pour l’autre pour la bonne entente du « Nous ». C’est un choix assumé. Ou bien il sait dire non, c’est « halte à cela » car sa liberté existe aussi dans le « Nous ». Et évidemment, l’autre fait de même. Chacun trouve aussi l’équilibre dans un « Je » en dehors du « Nous » par des activités personnelles comme le sport, des ami(e)s en dehors du couple, des sorties individuelles, dans le respect de l’autre et en préservant des activités et des amis communs au « Nous ». Tout est question de communication, de respect de soi et de l’autre, d’équilibre. 

Pour trouver cette harmonie dans ce « Nous », il faut aller à la rencontre de soi. Vous seul pouvez répondre à cette question sur vous-même : qui suis-je ? Accompagné dans une thérapie, à la découverte de qui vous êtes vraiment – ou dans une thérapie de couple- vous  comprenez enfin les mécanismes mis en place qui vous éloignent finalement l’un de l’autre et donc du « Nous » et qui fragilisent également le « Je ». Il est question d’une véritable rencontre sans faux semblant, dans une simple quête du bonheur ici et maintenant et non plus tard lorsque par exemple vous aurez votre maison,  lorsque les enfants auront grandi… ou encore  lorsqu’il ou elle voudra  vous  reconnaître véritablement. Il n’y a que vous qui puissiez vous reconnaître véritablement et savoir ce que vous voulez vraiment. Alors que voulez-vous pour vous-même ? Que voulez-vous pour votre couple ? Il appartient à chacun de vous de faire ce que vous voulez dans le respect de l’autre. Le travail sur soi est une expérience enrichissante, parfois douloureuse, qui révèle la personne dans la totalité de qui elle est et  la libère de ses croyances limitantes.

Qui choisissez-vous à travers l’autre dans le couple, à part vous-même ? C’est un jeu de miroirs, le « Je » de soi à travers le « Je » de l’autre. Il ou elle m’aime donc je suis aimable alors j’existe. Pourtant, la quête est de se rencontrer dans je m’aime donc « Je » suis, non pas au niveau de l’ego,  mais dans un travail sur sa propre individualité, à la découverte de soi vers  l’individuation à la découverte du Soi, c’est-à-dire dans les profondeurs de l’être à la découverte du plus profond de soi, une vérité qui apporte l’apaisement. La rencontre avec cet autre « Je »  dans le couple est alors plus vraie, plus juste, plus simple. Le « Nous » trouve sa place entre deux « Je » indépendants. L’autre n’est plus l’ennemi, c’est un coéquipier, il exerce une véritable présence sans jugement et fausse croyance. Pourtant, il est nécessaire de comprendre que l’on  peut se reprendre « les pieds dans le tapis », refaire des erreurs, c’est humain. La différence c’est que chaque individu dans le couple pourra prendre ses responsabilités, voir la situation telle qu’elle est vraiment sans mensonge ni déni, sans faire porter la faute sur l’autre. La personne pourra retrouver sa puissance et donc reconnaître ses torts, et présenter ses excuses, en acceptant que l’autre, dans son espace de liberté puisse les refuser. Et oui, il n’est plus question de s’énerver et de faire « beaucoup de bruit pour rien » comme par exemple :

  • « comment, tu n’acceptes pas mes excuses, tu es intolérant(e) ! » il s’agit de comprendre que l’autre dans son « Je » peut ne pas être prêt ou ne pas vouloir accepter les excuses, cet autre est libre, il ne vous appartient pas. Et alors qui est véritablement intolérant? Prendre ses responsabilités c’est pouvoir  reconnaître ses torts, pouvoir présenter ses excuses, avec calme :
  • « je me suis une nouvelle fois emporté(e), j’étais énervé(e), fatigué(e), soucieux(se), cela n’avait rien à voir avec toi, je te présente mes excuses et je te remercie de ne pas avoir joué le jeu avec moi et d’être resté calme ». Voilà un exemple. L’autre sait qu’il ne sert à rien de rentrer dans le « Je » du jeu de l’autre. Tout ce qu’il dira ne fera que mettre « de l’huile sur le feu ». Il peut rester et écouter ou simplement exprimer son besoin de s’éloigner,  c’est  à celui qui s’énerve de gérer alors sa frustration et de ne pas croire à la défection de l’autre qui ne rentre pas dans le jeu. Le premier veut un témoin pour se défouler, l’autre peut refuser ce n’est alors pas une fuite, c’est un choix en conscience, exprimé avec calme. C’est différent de la  façon de refuser une discussion sur le « Nous »par la fuite. La personne est ici dans un  comportement  répétitif et habituel qui provoque  le conflit. La fuite est  véritablement un refus de vivre le « Nous » et c’est se retrancher dans un « Je » qui n’existe pas dans la réalité du couple. Cette fuite est un processus répétitif dans la vie du couple, c’est un refus de toute expression par peur de la discussion, de prendre sa place dans le « Nous » par égoïsme ou par désintérêt du couple. L’autre peut se sentir abandonner, non reconnu, blessé, trahi en fonction de ses croyances limitantes et de son histoire. Ce comportement de fuite complique la situation. Savoir qui l’on est permet de dire par exemple: 
  • «  je ne suis pas disponible immédiatement pour la discussion, j’ai besoin d’un peu de recul, pouvons-nous en parler plus tard ? » C’est une possibilité si discussion il y a finalement. Il est question à un moment ou à un autre d’arrêter de fuir et d’affronter la réalité de qui l’on est, avec ses peurs, ses angoisses, son histoire et de pouvoir comprendre ce qui se passe dans ce besoin d’échapper au « Nous ». 

L’exemple des parents à un rôle dans l’histoire de chacun dans le couple.Travailler sur soi, c’est comprendre également sa filiation, découvrir d’où l’on vient pour comprendre où l’on va. Dans le « Nous » l’expérience de vie de couple, ou l’absence de vie de couple de ses parents, est à comprendre. La personne, peut avoir envie de vivre la même chose que le modèle familial reçu, ou à l’inverse ne veut surtout pas ressembler à ce modèle insupportable de couple… Pourtant, comme le dit le psychanalyste C. G. Jung : «  tout ce à quoi l’on résiste persiste et tout ce que l’on embrasse s’efface ». Ne serait-il pas intéressant d’aller voir ? Comprendre qui l’on est invite à arrêter de lutter contre afin d’accompagner le mouvement vers l’individuation. Le couple demande à chacun dans le « Je » de faire le choix de se réengager régulièrement  dans le « Nous » et non par habitude ou parce que l’autre apporte et nourrit le « Je ». Pour que ce couple puisse se renouveler dans la durée, il est donc nécessaire que le « Je » se libère des contraintes et de l’emprise de l’autre. Chacun dans le couple doit pouvoir développer son identité à la place qui lui convient dans le respect de l’autre et en étant force de proposition pour le « Nous », en étant chacun créatif, et motivé. Cela demande de se connaître dans le « Je » et de toujours faire le choix renouvelé de s’investir dans ce « Nous ». C’est toujours pouvoir exprimer ses besoins librement, devant un ou une partenaire qui n’est pas dans le jugement. 

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Sandrine Guilleray

Sandrine Guilleray

Conseillère conjugale et thérapeute analytique, mon objectif est d'accompagner les personnes et les couples dans les étapes douloureuses de leur vie.

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