le rêve - une opportunité pour la thérapie

Le rêve, une piste pour la thérapie

Le rêve est une piste à explorer qui nous mène dans les profondeurs de notre être.  Nous n’arrivons jamais au bout de ce voyage, une exploration en amène une autre. C’est une quête symbolique vers Soi. Le rêve nous attire,  tel le chant des sirènes, vers les profondeurs de notre inconscient. C’est un mystère que l’on cherche à déchiffrer tel un explorateur de notre être véritable. Sans vouloir comprendre précisément son message, l’esprit du rêve se révèle pourtant et se manifeste au rêveur. Il  appartient au rêveur, lui seul sait ce dont il se souvient de son expérience vagabonde et de ce qui subsiste de cette traversée qui arrive enfin  à la conscience. Du contenu s’est-il perdu en chemin ? Est-ce important  ? Le principal n’est-il pas retenu pour en permettre la lecture ?

Depuis la nuit des temps, les peuples ont cherché à décrypter le message du rêve. Au cours de l’histoire, le rêve a eu un rôle important, prophétique et divinatoire. On peut lire, Herodote, histoires, VII, 12-18 trad. Philippe-Ernest Legrand, CUF, « Mais quand vint l’heure du repos, l’opinion d’Artabane commença d’inquiéter Xerxès, et, la nuit portant conseil, il en vint à la conviction que ce n’était pas pour lui chose à faire que de marcher contre la Grèce. Ainsi revenu sur sa décision, il s’endormit. Et, à ce que disent les Perses, il aurait eu pendant la nuit cette vision : il lui sembla qu’un homme se tenait près de lui, de grande taille et de belle figure, qui lui dit : Tu changes donc d’avis, ô Perse ; tu décides de ne pas conduire une expédition contre la Grèce, après que tu as ordonné aux Perses de rassembler des troupes ! Eh bien, tu as tort de changer, et tu n’as pas près de toi qui t’en approuvera. Non ; tiens-toi à ce que dans la journée, tu as décidé de faire, marche dans cette voie ».

Le rêve (ou le songe) apparaît comme une puissance divine.

Selon le professeur Christophe Chandezon, MONTPELLIER III, dans son cours « problématiques de la recherche en histoire ancienne et les rêves dans les sociétés gréco-romaines», les rêves changent selon les influences culturelles. Par exemple en Grèce la nudité n’est pas considérée comme honteuse, il n’y a donc pas de rêve sur le fait de se retrouver nu en public. Les Grecs ont une conception mythique du monde et le rêve est un monde sensible quasi identique au monde réel. Il y a deux explications, une physique l’autre divine, Herodote tranche en faveur du divin. Avec  Hippocrate le rêve devient un outil de diagnostic même s’il ne rejette pas l’aspect divin.  Dans l’Antiquité divination et médecine sont très proches. Il existe des devins spécialistes dans la divination des rêves.

Au 16eme siècle le rêve est toujours perçu comme un message divin et en 1650, la contre réforme (contre la réforme protestante) donne une vision du monde plus rationaliste. Au 19eme siècle, par la psychologie, il est adopté une attitude plus médicale. C’est la découverte de l’inconscient et le début de la médecine de l’âme. Jean Martin Charcot utilise l’hypnose et  un de ses étudiants est Sigmund Freud. Freud, lui-même, s’appuie sur la méthode du grec du II ème siècle Artémidore et sur son jeu des associations.

Nous sommes passés,  à travers les siècles et les cultures, de l’Oracle à la psychanalyse et à la neurobiologie. Certains chercheurs pensent que le rêve n’est qu’un « déchet neurologique ». Selon Anne Dufourmantelle, psychanalyste, « en cas d’amour » chez Rivages poche, page 71, « pour beaucoup de neurologues, il n’y a pas de signification à chercher dans ces images qui seraient des rebuts inutilisés du matériau rencontré dans la journée et dont l’esprit en quelque sorte évacuerait le trop-plein, pêle-mêle. Il est pourtant extrêmement troublant de se pencher sur les rêves. Leur précision, leur texture, leur résonance intime, le matériel inouï qu’ils mettent parfois à la disposition du rêveur en allant chercher des lieux oubliés, des prénoms d’une précision absolue…un savoir historique…, me font penser qu’ils sont des indicateurs de notre psyché, des cartographies d’un ciel céleste ignoré de nous, sorte de cryptogramme indiquant la position de nos étoiles. »

 En ce qui me concerne, le rêve est un outil pour décrypter l’inconscient et soutenir le rêveur dans la compréhension et l’analyse de sa psyché. Il éclaire le patient  sur sa propre psyché mais également sur l’inconscient collectif, un océan d’informations, une bibliothèque dont le rêveur a un accès illimité. Il est important que le rêveur s’approprie son matériel onirique. Ainsi,  il comprend d’où il vient et la direction qu’il peut prendre pour se révéler. Il trouve la clé qui peut le libérer afin de rencontrer  sa vérité profonde car le  rêve ne ment pas.

Pour C. G. Jung, psychanalyste, le rêve est « la voie royale » vers l’inconscient. Il fait appel, comme il le préconise dans « Psychologie et Alchimie pages 61-64 » « au contexte du sujet, à sa vie quotidienne, à son histoire personnelle et, bien entendu, aux associations que le sujet va développer à l’égard des images des rêves. »

Au fur et à mesure du questionnement autour du rêve et des réponses apportées par le rêveur lui-même, j’émets des hypothèses que le rêveur peut valider ou non. Je m’attarde également sur le champ lexical du rêveur et je vais même chercher dans l’étymologie des mots du rêve qui parfois ne parle pas du tout au rêveur et lorsque le mot est traduit dans son étymologie d’un siècle passé, cela fait sens. C’est alors « numineux » c’est-à-dire comme un sentiment mystérieux qui nous dépasse et que l’on sait profondément juste. Il y a comme une révélation et la personne peut se dire que c’est sa vérité. L’inconscient vient au conscient et se dévoile.

Dans « Ma vie » chez folio page 25,  C. G. Jung nous dit : « ma vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation. Tout ce qui gît dans l’inconscient veut devenir événement et la personnalité, elle aussi, veut se déployer à partir de ses conditions inconscientes et se sentir vivre en tant que totalité. » Le rêve fait lien.

Pour Jung, toujours, il y a quatre formulations sur les éventuelles significations du rêve : (Sur l’interprétation des rêves,  le livre de poche, page 15)

  • Le rêve représente la réaction inconsciente à une situation consciente. Impressions de la journée où le rêve prend sa source ;
  • Le rêve révèle une situation de conflit entre la conscience et l’inconscient. Il existe une situation réelle et l’inconscient en ajoute une autre différente et il y a conflit ;
  • Le rêve représente cette tendance de l’inconscient à vouloir transformer l’attitude consciente. L’inconscient arrive au conscient afin de transformer l’attitude du sujet ;
  • Le rêve révèle des processus inconscients ne paraissant avoir aucun rapport avec la situation consciente. L’inconscient laisse libre cours à tout son potentiel. Les primitifs en parlaient en termes de « grands rêves ». Ils nous relient à l’inconscient collectif.

Le rêve vient à nous parce qu’il nous devine mieux que nous-mêmes. Il se rebelle à la censure, y-a-t-il donc une contradiction entre le  rêve et la réalité ? Il n’y a plus de notion de temps (zeitlost nous dit Freud, l’inconscient ignore le temps) et par le songe nous plongeons dans l’inconscient collectif et l’histoire des civilisations lointaines. Les symboles, les défunts, les lieux, les animaux fantastiques, les messages mystérieux s’animent et nous parlent de nous et du monde qui nous entoure. Il ne reste qu’à l’interroger,  le déchiffrer, l’inviter à se livrer et à se dévoiler.

Anne Dufourmantelle, Psychanalyste , Intelligence du rêve, chez manuels Payet, page 23, nous dit : « Aller à la rencontre d’un rêve, c’est accepter de traverser les lignes ennemies avant de pouvoir faire alliance… Ici l’ennemi ce sont nos peurs, nos compromissions, nos dénis, mais aussi nos loyautés familiales, nos conditionnements sociaux, l’Histoire qui nous traverse… Le rêve est un acte de résistance dans cette guerre… »

Raconter son rêve c’est replonger au cœur de la nuit, au cœur du songe. C’est se reconnecter à l’énergie du rêve. Comme le dit la psychanalyste Anne Dufourmantelle, « c’est  en un sens rêver de nouveau ». Nous nous retrouvons dans les symboles, les mythes et les archétypes. Le songe nous parle de notre quotidien, de monstres pas si effrayants finalement et de ce qui est  plus grand que nous en nous. Plus nous travaillons les rêves simples et du quotidien, plus nous traversons les couches de l’inconscient, plus nous nous dirigeons vers de grands archétypes qui permettent une transformation en profondeur de notre être, le rêve abroge le temps et les événements. Tout est possible afin de délivrer le message, il est magique, torturé, totémique, créatif, précis ou inventif, il est incroyablement puissant. Nous pouvons même, à travers le rêve, nous libérer de douleurs corporelles.

« Une jeune femme attend un messager, pour fêter cela, elle prépare un festin, un repas de fête, elle fait ouvrir le restaurant sur la place. C’est en Italie, il fait très beau. C’est très tôt le matin, sur la table elle place un couteau ancien, le manche est en corne sombre. Il sert à ouvrir le vin. Elle se dirige vers la poste. Elle manque le messager. Il finit par arriver jusqu’au village en courant comme un marathonien, il est en sueur.  Ici, il porte le short et le tee-shirt comme dans une course moderne, il porte la lettre… »

Voici l’extrait d’un rêve, chaque élément est important, il n’y a pas d’échelle de valeurs. Il est nécessaire d’interroger le rêveur car il peut y avoir des déguisements dans les événements. Voici l’expression rapide de certains symboles du rêve, ce  que nous pouvons retenir par exemple est que «le messager » est celui de l’inconscient ou du collectif, «la poste » est une prise de conscience au niveau collectif,  pour aller au niveau particulier avec «la lettre » qui est le message adressé au rêveur. « Ils se manquent à la poste » ainsi le projet du Soi, d’individuation n’est pas stoppé car le coureur arrive tout de même, « il est en sueur » et montre ainsi l’effort, la valeur de transmettre le message du Soi à la conscience.

«Le couteau » symbolise le discernement, il coupe et perce, « la corne sombre » peut être l’ombre et la lame nouvelle peut  percer le mystère. Cela représente la possibilité du renouveau en soi, même chose pour le coureur qui symbolise la Grèce Antique face au short moderne, se sont les opposés entre le collectif et le singulier, il y a alors alliance.

Ouvrir le vin est le symbole de la transformation, c’est le  processus de transformation du rêveur par le symbole de la vinification et le temps nécessaire pour ce processus. Il y a encore à regarder l’anima et l’animus,  l’histoire personnelle du rêveur vis-à-vis de l’Italie, de l’âge de la femme  et du coureur… Il est question d’aborder ici des exemples d’ éléments significatifs du rêve. La réalité de l’analyse va beaucoup plus loin, en profondeur, et invite le rêveur lui-même à être à l’écoute de son processus naturel d’évolution et d’émancipation de ses manques et souffrances afin qu’il puisse se reconnaître et se remettre en harmonie et en accord avec lui.

Le songe ne nous oblige pas car on ne peut pas le retenir ou l’immobiliser  sans le noter, il s’invite et nous restons libre de l’interroger ou non. Si nous répondons à son invitation, nous ouvrons en grand la porte de l’inconscient. Goethe dit  : « pousse hardiment la porte devant laquelle tous cherchent à s’esquiver ». C’est une belle aventure vers la compréhension de soi, dans un travail sérieux, il n’est pas question d’éviter l’épreuve de la réalité. Alors, l’individu reste sur un terrain solide et trouve l’équilibre entre l’inconscient et le conscient. Jung nous dit dans « Ma vie » « il était pour moi vitalement nécessaire d’avoir une vie rationnelle qui allait de soi, comme contrepoids au monde intérieur étranger. » Il est question de rencontrer son monde intérieur pour trouver l’équilibre en conscience dans sa réalité du quotidien, de trouver du sens car le rêve « nous enseigne » comme le dit C. G. Jung. Il nous mène sur le chemin de l’individuation , de rêve en rêve nous poursuivons notre lecture et nous nous rencontrons.

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Sandrine Guilleray

Sandrine Guilleray

Conseillère conjugale et thérapeute analytique, mon objectif est d'accompagner les personnes et les couples dans les étapes douloureuses de leur vie.

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