therapie conjugale

Les aléas du couple

Le  quotidien use le couple.  L’usure du couple est-elle une obsolescence programmée ? De quoi parlons-nous ? Le couple est-il un leurre ?

La tendance est à la rupture. On oublie trop facilement la base qui a fait le couple. Pour qu’elle raison il n’y a plus que le «  je » qui compte – même si le  « je » est important – et non plus le « nous » ?

Je reçois toujours chaque personne individuellement pour un premier rendez-vous, afin que chacun puisse parler librement.

Lorsque je pose la question, « que se passe-t-il pour vous aujourd’hui ? »  pratiquement systématiquement la personne me  parle de l’autre, pourtant elle est là pour me parler d’elle.

Non seulement, elle me parle de ce que ne fait plus l’autre, de ce qui devient insupportable chez l’autre mais parle aussi  à la place de l’autre.

Intéressant, cet autre qui dans le couple ne remplit plus son rôle, ce rôle désigné ou espéré. J’interviens et dis : « vous êtes là pour vous, pouvez-vous me parler de vous, de vous dans le couple ? » Il y a souvent un blanc. On est venu parler du conjoint, de la conjointe qui ne répond plus à l’attente du début, qui n’est plus le ou la même, qui ne nourrit plus. Alors,  la personne se sent seule, abandonnée, elle n’est plus comprise, ni comblée.

Le couple ne se  comprend  plus ou ne s’écoute  plus ? Lorsque  je demande à chacun de répéter ce que l’autre  dit exactement, c’est difficile, voir impossible.

 

Qu’est devenu le nous ?

Ce  sentiment d’abandon, de solitude de quoi s’agit-il ? On ne sait pas vraiment pourquoi, ni quand ce sentiment est apparu. Est-ce irrémédiable ? Peut-on  dire «  je me sens seul(e), où est ma place dans le couple ? »

Ce sentiment de solitude existe car une distance s’est   installée non seulement physiquement, mais aussi d’un point de vue émotionnel.

La solitude  pèse véritablement, lorsque  vous ne pouvez imaginer faire l’effort pour inverser le processus. Vous n’avez même plus envie d’en parler ensemble parce que l’autre vous dit que vous exagérez la situation, que tout va bien. Souvent l’un veut communiquer, ressasse les évènements, alors que l’autre ne comprend pas, n’aime pas revenir sans cesse sur des problèmes. L’un et  l’autre se sentent déçus, frustrés, et même trahis. Il n’y a plus de communication, la solitude s’installe.

Le sentiment d’abandon existe parce que  la personne   pense ne pas pouvoir exister sans l’autre. « Si tu ne t’occupes pas tout le temps de moi, tu m’abandonnes ». Ce sentiment existe aussi car il n’y a plus d’interaction. Chacun est présent, mais, c’est une présence passive.

 

Que peut-il se passer dans le couple ?

Vous entrez dans le jeu de l’attaque, l’un sort vainqueur, l’autre victime, toujours le ( ou la ) même ou à tour de rôle. Ou bien, vous choisissez le retrait, il n’y a  pas  de communication, cela ne sert à rien.

Lorsqu’on devient le bourreau de l’autre, ce n’est pas forcément pour faire mal mais aussi parce que l’on est mal. On rentre dans un jeu de pouvoir, qui se calme parfois, le couple retrouve une intimité, pour mieux recommencer le lendemain. Tout est prétexte, le linge qui traîne, les courses… Et puis il y a aussi la fuite dans le silence qui devient un mode de communication. Cela ne veut pas dire qui ne dit mot, consent mais à quoi bon puisque l’autre  n’écoute  plus ou veut toujours avoir raison.

 

De toute façon, chacun connaît la corde sensible de l’autre, et sait appuyer là où ça fait mal. Et Il ne faut pas croire que le silence est systématiquement masculin.

 

La violence verbale est une réelle violence psychique – je ne parle pas de  la violence physique qui est extrême et qui est totalement inacceptable- elle use émotionnellement les deux partenaires,  les liens s’effilochent ou se coupent. La relation s’enlise. Socialement, le couple peut encore sauver  les apparences.

Pourtant, il y en a toujours un qui a la conviction qu’il peut changer la situation en transformant l’autre, l’importune constamment, voir le harcèle, persuadé de sa légitimité. Discréditer l’autre et se croire dans son bon droit, le critiquer systématiquement dans l’espoir qu’il ou elle change  ? C’est voué à l’échec. L’autre  ne nous appartient pas, et c’est seulement vouloir se sentir mieux en projetant la faute sur l’autre.

Dans la crise du couple, l’estime  de soi est mise à mal. L’un est bourreau, l’autre victime. Mais se penser victime en accusant l’autre « c’est de ta faute » c’est vouloir influencer l’autre, être dans le pouvoir et avoir la mainmise sur son ou sa conjoint(e).

Ah, l’abus de pouvoir ! L’un  abandonne sa puissance « je suis », l’autre souhaite avoir une emprise.

 

Tous ces  jeux de pouvoir, de perte de pouvoir, entraînent la perte du lien dans le couple.

La vie sexuelle est perturbée, c’est un indicateur de l’état du lien. La sexualité, dans le couple, fait partie de la communication, elle révèle l’état de la relation. Le contact physique n’est pas seul à prendre en compte, l’affection, les gestes tendres, le toucher non sexuel mais sensuel est d’importance et à certainement déjà disparu, comme se  prendre dans les bras, s’envoyer des petits mots par SMS, avoir des gestes tendres, cela participe à la vie du couple.

 

Le schéma du couple est bien rodé, la crise est en place, chacun souffre dans son coin ou en explosant l’un bien en face de l’autre. La  moindre petite  anicroche et c’est la dispute, parfois la relation sexuelle se nourrit du conflit mais lorsque la tension est évacuée  que reste-t-il ?

 

Lorsque le lien s’estompe, que le couple s’éloigne, que le conflit est trop destructeur, que le désir disparaît, la tentation est grande de rechercher ailleurs le plaisir, une reconnaissance, un soutien.  La relation extraconjugale n’est pas la raison de la crise ou de la rupture du lien mais peut apporter une solution éphémère ou illusoire qu’avec un autre ou une autre, c’est mieux. Cela peut aggraver la situation, voir entraîner une rupture définitive. Est-ce faire face à la solitude dans son couple légitime ? Est-ce sortir de l’étouffement et vouloir une bouffée d’oxygène ? Est-ce que l’un trompe l’autre, ou est-ce que la personne se trompe elle-même ?

 

Que faire ?

Après un certain temps de vie à deux,  le couple s’essouffle, l’invitation est de sortir de l’illusion de la fusion et de vouloir construire enfin la relation. La crise peut être un facteur déclenchant et permettre cette construction. Elle permet d’évacuer un mal être personnel mais on se sert de l’autre et des détails insupportables chez l’autre pour soulager une tension qui nous appartient. Chacun peut avoir des sautes d’humeur, des frustrations. Le couple est l’espace idéal pour jouer la scène de ménage et se sentir mieux au dépend du couple.    Mais, lorsque ces scènes sont récurantes, dans quel état est l’espace commun du couple ?  Y-a-t-il beaucoup de travail à effectuer ?

 

Alors, l’usure du couple est-elle inévitable ?

Je prends souvent  l’exemple d’un jardin dont l’entretien a été abandonné, les herbes sont hautes, les arbres ou arbustes doivent être taillés, les ronces ou les orties envahissent l’espace. Évidemment,  vouloir chercher un autre jardin, c’est plus facile que de se retrousser les  manches. Pourtant, c’est  le moment de paysager ensemble et de faire un lieu qui ressemble véritablement à chacun, avec des concessions : «  je n’aime pas les iris mais je veux bien qu’il y en ait. J’aime les arbustes à fleurs  et toi ? Comment sera la clôture, haute, basse, aérée ? »

C’est un authentique travail à effectuer à deux. C’est une invitation à rencontrer l’autre véritablement, à  comprendre les attentes de chacun.  C’est aussi l’occasion de se comprendre profondément et  trouver sa place dans ce jardin qui ressemble au désir du couple mais aussi au rêve de chacun, apprendre à se dire les choses en se respectant, en s’autorisant  à dire.

Par exemple, : « j’ai réagi ainsi parce que j’avais peur, parce que je ne supporte absolument pas cela, c’est non négociable ». Ou encore : «  je suis agressif(ve) parce que je me trouve seul(e), ou  je ne me sens plus désiré(e ), où j’ai l’impression d’être   rejeté(e ) ».

L’invitation est de parler pour soi, non à la place de l’autre et de ne pas être dans l’accusation : « tu m’abandonnes », « tu ne me désires plus »…

La crise fait sortir le couple de l’idéalisation, pour le projeter dans la réalité.

Un couple se construit, mais il ne faut pas lui demander l’impossible.

 

La question est :  « Qu’attendez-vous exactement ? »

Le couple doit-il apporter la sécurité à tout prix ? La dépendance affective empêche l’un de sortir de la peur de l’abandon, et étouffe l’autre.  Chacun doit être libre en respectant le nous, l’équilibre est difficile à trouver mais pas impossible. Il y a des ajustements à prévoir. L’important c’est de ne pas être dépendant, passif, et comprendre que l’autre n’est pas une béquille, un faire-valoir, ou un exutoire. Le « nous » a sa place mais  ne doit pas prendre toute la place, même si, au début de la relation il est fondateur et donne un sentiment d’appartenance,  il peut, par la suite, vampiriser et donner un sentiment de perte d’identité. Le sentiment serait de passer de « j’existe grâce au couple » à « je n’existe plus à cause du couple ».

 

La thérapie de couple offre un espace où décoder les mécanismes  mis en place. Même si la thérapie peut permettre d’éclairer les  difficultés personnelles de chacun,  les contrariétés peuvent se trouver,  essentiellement, dans la relation commune.

Le thérapeute apporte un regard extérieur, une nouvelle perspective et propose de voir le couple comme une équipe où chacun a sa place –  la trouver, la créer, la prendre –  et non pas comme des ennemis qui s’affrontent. C’est un besoin d’être dans un mouvement avec, plutôt que dans un mouvement contre. La proposition est d’aborder chaque situation conflictuelle et de l’aborder autrement. Il n’est plus question d’un gagnant et d’un perdant, l’invitation est de prendre conscience de la responsabilité de chacun. Il s’agit de choisir  véritablement de vivre ensemble en respectant son côté particulier. Le couple n’est pas une réalité achevée et durable, il a besoin d’être réinventé.

Christiane Singer nous dit : « nous ne sommes jamais les gardiens d’un accompli mais toujours les cocréateurs d’un devenir. »

Il s’agit, pour le couple,

  • d’accepter la situation,
  • puis vouloir comprendre la situation,
  • et trouver le courage de faire évoluer la situation sous un angle nouveau.

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Sandrine Guilleray

Sandrine Guilleray

Conseillère conjugale et thérapeute analytique, mon objectif est d'accompagner les personnes et les couples dans les étapes douloureuses de leur vie.

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