qui se ressemble+ s'assemble

Qui se ressemble, s’assemble

Charles de Bovelle, 1557, poète, philosophe déclare : « qui se ressemble, s’assemble ». Pour être bien accompagné, faudrait-il se ressembler ?

Les individus dotés de qualités et défauts semblables souvent s’associent ou forment des couples. Le couple découlerait-il d’une rencontre entre individus avec un même profil, une même histoire, un même statut social ?

 Le couple se retrouve dans une complicité consciente mais aussi inconsciente.

Le couple : hasard ou règle sociale ?

Avoir une histoire commune, une éducation pratiquement identique, cela renforce l’entente.

L’homogamie est vérifiable d’un point de vue géographique, professionnel et culturel, alors que chacun voudrait pouvoir croire au hasard de la rencontre amoureuse. J.-C. Kaufmann précise que même dans la recherche de différences, « il y a une règle sociale de correspondance. » (sociologie du couple, chez Puf)

  1. de Singly nous dit que l’individu a « une identité statutaire », il a un lien d’appartenance, un statut qui renferme l’âge, le sexe, le milieu social, le diplôme, l’origine géographique, politique et religieuse (l’individualisme est un humanisme, chez poche essai). Ainsi, selon ce même auteur, l’amour est un filtre mis en place afin de lutter « contre les forces des déterminants sociaux ».

La rencontre serait-elle seulement une convention sociale ?

A.Girard explique « que la répartition changeante de la population et la croissance des agglomérations urbaines, la mobilité géographique accrue,… ne font pas que les individus peuvent choisir leur conjoint au hasard. Les possibilités de choix sont en réalité étroitement limitées » (J. G. Lemaire, le couple : sa vie, sa mort, chez Payot).

La personne qui va faire l’objet d’une préférence sentimentale se trouvera dans un cercle restreint. Dans la rencontre amoureuse il y a échos car il existe des dispositions, un matériel commun, une harmonie. Cela viendrait d’un même enracinement, d’une ressemblance. Il y a une certaine homogénéité.

Le caractère psychologique joue aussi un rôle. Il faut retenir, que les couples qui durent sont peut-être plus homogames ou le deviennent en comparaison de ceux qui se séparent. Le choix amoureux implique des spécificités et des valeurs communes, cela peut être inconscient.

Libre choix véritable du conjoint ?

L’individu a le sentiment d’être libre de choisir, il n’est pas véritablement dans la contrainte. Son choix, sans pression réelle de son environnement, se retrouve tout de même conforme à son milieu d’origine. Même si l’homogamie n’est pas une règle, en général, elle se confirme.

Que l’individu le veuille ou non, il existe un jugement de valeur. L’individu rencontre l’autre en fonction de son groupe d’appartenance. Neuburger (1995) nous parle de famille, de travail, de militance, de loisirs, etc. A partir de cette rencontre, il y a une perspective de relation sécure puisque le couple fonctionne sur des caractéristiques communes. Cela peut offrir une certaine stabilité, un abaissement du stress, car l’autre est lisible, il existe des centres d’intérêts conjoints. Ainsi, le couple forme une bonne alliance, il est en terrain connu.

Néanmoins, cette réalité sociologique n’a pas réponse à tout, il y a aussi l’approche psychologique, les besoins affectifs. Kaufmann, dans sociologie du couple chez Puf, nous dit que « hommes et femmes recherchent non la similitude mais une complémentarité sexuelle, socialement codée avec une certaine précision ». Pour poursuivre, De Singly explique que : « la négociation entre les futurs partenaires se déroule avec pour normes implicites deux principes : l’équivalence sociale et la « complémentarité » sexuelle ». Il existe « des jugements de type moral, psychologique, ou intellectuel sur les individus, qui dessinent, mais de façon indirecte, les oppositions d’un espace social. » Tout détail va donc entrer en ligne de compte dans le choix amoureux.

Les règles de concordances évoluent avec le changement de la société, la mode, les goûts. L’évolution des relations des individus entre eux change. Les règles sont énoncées différemment mais l’acquis culturel, l’héritage social se conservent. Il ne faut toutefois pas négliger le fait que de nombreux couples sont hétérogames. Même si le fonctionnement social pousse les acteurs à une union de semblables, le couple garde une marge de manœuvre.

Miroir, miroir, mon beau miroir…

De chercher dans l’autre son semblable, sa ressemblance n’est-ce pas, tout de même, une façon d’éviter la rupture avec son groupe social ? Ainsi, le groupe couple s’intègre parfaitement au groupe social. C’est vouloir maintenir une stabilité.

Selon Foulques « tout se passe comme si, pour se maintenir en bonne santé, l’être humain devait maintenir un équilibre, non seulement à l’intérieur de son propre système, mais aussi à l’intérieur d’un système comprenant un certain nombre de personnes particulièrement signifiantes pour lui… représentants de la communauté et de la culture au sein de laquelle il vit… »

Comprendre cette maxime « qui se ressemble, s’assemble »permet de saisir sur quelle base le couple s’est formé. De là, découle toute une compréhension du fonctionnement ou du dysfonctionnement de ce couple et des normes qu’il s’est choisi. Cela n’enlève pas la part importante du processus psychologique à l’origine du couple, cela étant, l’aspect sociologique est un schéma illustrant presque parfaitement le choix du partenaire amoureux. Cette recherche d’homogénéité est significative et s’explique facilement par un conditionnement inconscient de l’environnement. Nous faisons partie de cercles de vie familiaux, amicaux, sportifs, culturels… dont il est difficile de sortir puisque nous nous y trouvons bien. L’individu grandit dans un réseau « de détermination sociale », son choix amoureux est lié à l’éducation, à son environnement social et culturel, à son histoire, aux conditions économiques qui l’entourent.

Se berce-t-on d’illusion ?

Est-ce pure illusion ? Car il est toutefois étrange de dire : « qui se ressemble s’assemble » puisque l’homme est dissemblable de la femme. Il y a un impossible, comme dit Lacan, « c’est l’impossible de la structure ». Voulons-nous trouver un terrain d’entente, des intérêts communs car nous sommes physiquement dissemblables ? Et pour les couples homosexuels ?

Il faut donc encore révéler ici qu’il existe dans l’inconscient de l’individu une personnalité féminine pour l’homme et masculine pour la femme. L’homme chercherait dans une femme son anima et vice-versa. Est-ce rechercher dans l’autre qui nous ressemble, notre propre reflet, afin d’obtenir l’épanouissement, le contentement ?

Cette réflexion me ramène, enfin, au totémisme et à Freud. Le totémisme est une organisation sociale selon laquelle « les membres d’un seul et même totem ne doivent pas avoir entre eux de relations sexuelles, par conséquent ne doivent pas se marier entre eux » nous dit Freud dans Totem et tabou, chez Payot. C’est l’exogamie ou restriction matrimoniale. Cela permet d’éviter l’inceste. L’idée De « qui se ressemble s’assemble » irait donc à l’encontre d’une théorie sociale par laquelle les individus devraient se distinguer les uns des autres afin d’éviter l’inceste ? Ou alors, l’attrait de la ressemblance serait de vouloir « incarner la collectivité qui, elle, est l’objet propre du culte » ?

La société incarne alors pour l’individu un rôle majeur parce qu’en effet, comme l’explique Q.. Debray, la rencontre amoureuse chez le cavalier bleu, « le microcosme amoureux s’enracine d’autant plus que chacun possède avec l’autre un matériel commun, fonctions, mœurs et langages, qui assurent la communication, sédimentation d’éprouvés et de souvenirs dont on trouvera fort amusant de constater les harmoniques. Le choix du conjoint ne se fait pas complètement au hasard. »

Le couple se choisit dans une dimension qu’il ne peut soupçonner, se sont les alliances inconscientes dans le couple.

Freud nous dit que l’individu est « le maillon d’une chaîne à laquelle il est assujetti sans la participation de sa volonté ».

L’individu est plus ou moins lié par un contrat social et transgénérationnel qui va influencer son choix.

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Sandrine Guilleray

Sandrine Guilleray

Conseillère conjugale et thérapeute analytique, mon objectif est d'accompagner les personnes et les couples dans les étapes douloureuses de leur vie.

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